09 juillet 2009

SEGOLENE ROYAL CREUSE SON SILLON EN DEHORS DES COURANTS DU PS, DE L'APPAREIL ET LOIN DES MEDIAS (Le Post)

                              


Le Post.fr, 5 juillet 2009

"Mais que mijote donc Ségolène Royal alors que le PS vivrait une hémorragie sans précédent de ses militants et des suffrages en sa faveur?

C'est la question que doivent se poser nombre de caciques socialistes ou tout simplement les militants.

"6,7 millions de voix ont été perdues depuis le premier tour de l'élection présidentielle" - la "sienne" - a-t-elle sobrement mais implacablement constaté après la déroute socialiste aux dernières européennes...

Absente des médias, la "reine des polémiques" et l'opposante en chef à Nicolas Sarkozy depuis 2 ans se fait très discrète en ce moment...

Loyale envers un parti qu'elle n'a pas réussi à remporter et donc à transformer, l'ex-candidate à la présidentielle semble bien creuser son sillon loin du feuilleton quotidien des bisbilles internes à un PS en perdition...

Le tout en réaffirmant sa doctrine et en préparant l'avenir, dont elle a, qui en douterait, encore le désir.

Le refus constant des courants et de l'appareil parisien

Sud-Ouest nous rapporte des propos de Ségolène Royal résumant quelle est et quelle a été sa vision du parti socialiste.

Alors que Martine Aubry a paru gagner le poste de 1er secrétaire du PS grâce à l'union conjoncturelle des courants internes :

  • "strauss-khanien"
  • "fabiusien"
  • "emmanuelliste"
  • "jospinien" - dont on notera qu'ils se rattachent tous au patronyme d'un cacique du PS,

Ségolène Royal rappelle notamment qu'elle a réuni sur son seul nom la moitié des militants, sans appartenir à aucun courant et sans aucune alliance tacticienne de second tour... Seule contre tout le "vieux PS" revanchard.

En 1994, le journaliste Henri de Virieu, lors de L'heure de vérité, rappelait qu'elle avait déjà réussi la prouesse d'être élue 1ère secrétaire fédérale sans l'appui d'"aucun courant interne, c'est-à-dire sans devoir [son] fauteuil à des jeux d'appareil parisien, c'est un cas unique en France". Le tout dans une volonté de "réconcilier les Français et la politique en changeant les règles et le langage de celle-ci".

 

(Ina.fr / France 2)

"Appareil", "courants"... Tout ce qui hante encore le PS était déjà dénoncé par Ségolène Royal en des termes assez rudes :

"Je pense que le parti socialiste a 2 chantiers devant lui : il faut pacifier l'intérieur du parti socialiste et il faut remettre en mouvement le parti socialiste", disait-elle après les deux défaites du PS aux législatives de 1993 et aux européennes de 1994, conduisant à la démission du patron du PS d'alors : Michel Rocard.

"Des espérances très fortes ont été déçues [...] au moment du congrès qui a reconduit les courants de Rennes", dont Michel Rocard avait été victime après les avoir encouragés, analysait-elle.

"Le parti socialiste s'est enrichi grâce aux courants d'idées, aux courants de pensée, à la différenciation idéologique [...] mais ensuite lorsqu'il n'y a plus eu de débats d'idées au sein du parti socialiste, ces courants sont simplement devenus des clans", poursuivait-elle.

Après la dénonciation des "clans", Royal en appelait à "l'ouverture" des "cénacles parisiens", notamment dans la constitution des listes", comme à la constitution d'un "parti de masse", en passant "d'un système clanique à un système clair [...] avec une majorité et une opposition".

Ces convictions d'une femme politique dite, "trans-courants", proche du club Témoin, l'avaient amenée par la suite à appeler à la candidature de Jacques Delors, lui-même indemne de toutes les guerres de chefs socialistes.

Au final, Lionel Jospin échouera face à Jacques Chirac...

C'est d'ailleurs ce positionnement qui la fera désigner par 60% des militants comme candidate à l'élection présidentielle de 2007. Les chefs de courants ne le lui pardonneront jamais, le politologue Duhamel de la qualifier de "bonapartiste de gauche"...

Et ce sont encore les courants que Ségolène Royal devra affronter lors du congrès de Reims en 2008, pour finalement être battue par Martine Aubry qui les réunira tous sur aucun socle idéologique commun... Ce qui signifie à terme sur aucun projet commun...

Alors aujourd'hui, à l'été 2009, l'ex-candidate à la présidentielle d'asséner dans Sud-Ouest qu'elle ne veut plus que son "nom soit instrumentalisé par tel ou tel courant. Je ne suis pas dans un courant [...]. Toute ma vie j'ai été hostile aux courants. Ils ont fait toujours beaucoup de mal au PS, ils détruisent les relations humaines".

Les militants socialistes avant tout

"Je ne suis pas dans un courant et j'ai obtenu 50% des suffrages des militants" : telle est sa vision des choses, aujourd'hui, déjà exposée à l'Heure de vérité en 1994.

Evoquant l'arrivée de Henri Emmanuelli à la tête du PS, elle assurait déjà : '"J'aurais préféré que tous les militants soient associés à cette désignation". "Ce que j'avais demandé aussi, à savoir la consultation des militants est organisée [...] puisqu'il y aura un congrès".

La légitimité politique, qui lui fut déniée par les chefs de courants malgré les primaires au suffrage universel des militants en 2006, elle l'exposait déjà en une phrase : "J'estime que la légitimité d'une direction d'un mouvement démocratique repose sur la base militante".

Et de déplorer pendant les européennes perdues de 1994 que les "les militants se [soient] tus pendant la campagne."

Réflexion qui aura alimenté son projet pour le PS en 2008, à savoir:

  • la démocratie participative
  • la création d'un parti de masse ouvert aux sympathisants et aux plus démunis d'entre eux
  • le respect des militants
  • la consultation régulière de ceux-ci...

Alors aujourd'hui, Ségolène Royal assure n'avoir que faire des manoeuvres des uns et des autres au PS, lesquelles des coming out d'un Valls ou des visions d'un Moscovici, réintégré à la direction, ne semblent absolument pas l'intéresser...

Le terrain social et les régionales en ligne de mire

L'air de dire qu'elle ne confond pas la "politicaillerie" avec le politique, elle assure : "Je veux faire bien ce pour quoi je suis mandatée. Ma passion, c'est la politique, et je suis profondément heureuse de tout faire pour sauver Heuliez. Ma force de frappe, ma notoriété, je l'apporte à Poitou-Charentes."

 

 

En effet, 2010 sera l'année des élections régionales, et la présidente picto-charentaise a plus qu'intérêt à conserver sa région pour la suite.

Et de mettre en avant l'imagination politique dont elle fait preuve dans l'exercice de son mandat.

Les idées, l'ouverture et l'international

Peu émue par les allégations de la presse sur son "isolement" ou par la constitution d'un "courant Royal" - en fait L'espoir à gauche, où figurent nombre de ses proches, passés, présents ou à venir -, elle préfère assurer que pour le moment "elle travaille" et que son réseau Désirs d'avenir va devenir "un laboratoire d'idées" et surtout pas un courant de plus.

Le succès des Universités populaires participatives qu'elle y a engagé va d'ailleurs bien dans ce sens, réunissant intellectuels, militants, syndicalistes, jeunes chercheurs, acteurs de la société civile - et parfois même un certain José Bové (Europe-Ecologie) ou une certaine Christiane Taubira (PRG) !

Ce qui présage aussi, selon certains, d'une volonté future d'union de la gauche...

 

Washington - pour l'élection d'Obama -, Athènes, le Monténégro, Dakar évidemment : Ségolène Royal désormais vice-présidente de l'Internationale socialiste et en mission pour le Programme de Développement des Nations Unies, voyage beaucoup et tient des discours de haute facture, n'hésitant pas à parler de civilisation, comme en 1992, pour le Sommet de Rio.

Elle continuera, nous dit Sud-Ouest, à associer "le local et le global" et promouvoir au niveau mondial, le modèle de "la croissance verte".

Et de se réjouir d'être présente à la prochaine réunion des ministres africains de l'environnement, à Dakar.

Royal la battante, de Mitterrand à Chirac?

Foin des idées politiques ici...

Battue dans des conditions bizzaroïdes lors du congrès de Reims, par Mme Aubry, Royal de répondre illico presto : "je continue" :

 

Pour une fois, on s'attardera sur les comparaisons faites entre Ségolène Royal et François Mitterrand, jusque dans les rangs du Figaro.

"Redoutable Ségolène Royal" écrivait sur son blog Yves Thréard, après son arrivée en tête des motions au PS lors du congrès de Reims. "Elle laboure la campagne française, remplit les salles, se montre aux côtés des salariés malheureux de la Camif, propose de payer les cotisations des militants dans le besoin [.] Elle est ainsi. Semblable à son mentor, François Mitterrand. Des convictions qui restent à démontrer, mais une intelligence supérieure des situations. Alors comme lui, elle avance. Séductrice, tenace, déterminée, sûre d'elle-même. Et, comme lui, elle ira jusqu'au bout".

La "force tranquille" disent d'autres. La capacité à se relever des pires avanies ou tout simplement des défaites.

Avec peut-être plus de charisme que son propre mentor en politique.

Mais à ne pas la voir aujourd'hui, à supputer qu'elle se prépare sereinement pour la rentrée puis pour l'après régionales, on peut aussi penser à ce Chirac de 1994-1995 qu'on disait vaincu, trahi par tous, devancé par un Balladur chéri des sondages, alors que le maire de Paris y était au plus bas.

Il y a peu d'"animaux politiques" de cette trempe, lesquels, lorsqu'ils se réveillent et partent en campagne, balaient tout sur leur passage.

Et ici, pensons à ces fameux "courants", à cette indélogeable aristocratie solférinienne, aux instituts de sondages, aux lionceaux du PS que les médias chérissent, aux éléphants tapis derrière tant d'entre eux, à cette désaffection des militants du PS, aux faux débats sur les alliances à gauche, au centre ou encore ailleurs...

Le diagnostic sur le PS, Ségolène Royal semble l'avoir fait à sa façon et depuis longtemps... L'actualité semblant d'ailleurs lui donner amplement raison.

Son projet, elle le complète depuis la présidentielle et le densifie à vitesse "grand V".

Ses idées et ses valeurs : une constance impressionnante et des livres à lire ou à relire.

Son opposition à Nicolas Sarkozy... Sans commentaires...

Sa stratégie? Nul ne le sait... Un mélange du Mitterrand de la "force tranquille", de la "France unie" et du Chirac batailleur de 1995?

A suivre ! Après les régionales."

Le billet originel

                

   

   
   (Sources:             Politique.net,             Libération,             L'Express.fr,             Sud Ouest,             Wikipédia,             Le Post,             Désirs d'avenir,             Le Figaro,             Le blog d'Yves Thréard)

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